Des légendes à Paris

Le dimanche 12 Février 2012 restera sans doute pour beaucoup une date particulière. En effet Monica Seles était de nouveau à Paris pour jouer un double de légendes. J’ai eu l’immense chance d’être  présent à cet évènement. Pour celles est ceux qui n’ont pas eu cette chance, voici la vidéo de ce match:


Retrouvez le résumé de cette journée ainsi que quelques photos ici (article Merci Monica)

Ma plus belle victoire

Interview exclusive
«Monica Seles, dans votre autobiographie, “Getting a grip on my body, my mind, my self” *, vous revenez sur votre combat contre la boulimie. Pouvez-vous nous en parler ?
Je pense que la plus belle victoire de ma vie, bien au-delà de n’importe quel match de tennis, c’est celle que j’ai remportée sur la nourriture, parce que c’est si troublant, si personnel, d’autant plus pour une femme. En tennis, quand je gagnais ou je perdais, c’était une lutte, mais je pouvais passer à autre chose assez rapidement. Avec la nourriture, c’était tous les jours, trois à quatre fois par jour. Il était si difficile pour moi de gagner ce combat… Alors, quand il y a sept ans, j’ai remporté cette bataille, c’est comme si on m’avait enlevé un énorme poids de mes épaules. Je suis devenue une personne plus heureuse et en meilleure santé.

C’est une source de fierté…

Oui, fierté, c’est le terme exact. Je peux avoir des jours plus ou moins faciles, être triste ou heureuse, mais je ne me réfugie plus dans la nourriture. Je suis très fière de moi parce que la seule personne qui pouvait le faire, c’était moi. Vous pouvez avoir un coach ou un nutritionniste, mais si vous ne voulez pas faire cette démarche à l’intérieur de vous, ça ne marche pas. Je pense d’ailleurs que beaucoup de choses viennent de l’intérieur.
Est-ce une revanche ?
Non, revanche n’est pas le mot parce que c’est davantage à l’intérieur que vous luttez, que vous vous battez. Parfois, quand vous être triste ou déprimé, la nourriture est un confort mais ensuite, vous vous rendez compte que pour votre travail, votre santé, votre bien-être, ce n’est vraiment pas bon, mais c’est tellement plus fort que vous ! C’est comme une addiction. Certaines personnes sont dépendantes à l’alcool ou aux cigarettes. Moi, c’était la nourriture. La nourriture était plus forte que moi. C’était donc super de pouvoir me dire : “Hé, je peux la contrôler”. J’adore manger, je mange désormais ce que je veux, mais je connais les quantités parce que ce n’est plus l’émotion qui dirige.

«Je me dis simplement que je suis très chanceuse d’avoir fait ce que j’aimais. J’espère maintenant trouver quelque chose que j’aime autant que le tennis»

Toujours dans votre autobiographie, vous évoquez votre rencontre avec Nelson Mandela. Qu’en est-il de votre propre image ?

(Gênée) J’ai eu la chance de pratiquer un sport que j’aimais. Malheureusement, beaucoup de choses me sont arrivées, comme mon agression, notamment. Malgré tout, je me suis battue. Mais quand j’ai l’opportunité de rencontrer des personnes comme Monsieur Mandela, et même dans le tennis, des joueuses comme Martina Navratilova, qui sont plus grandes que le sport, parce qu’elle a tellement fait pour les femmes, c’est toujours un très grand honneur, vraiment. Moi, je me dis simplement que je suis très chanceuse d’avoir fait ce que j’aimais. J’espère maintenant trouver quelque chose que j’aime autant que le tennis.

Vous ne vous voyez donc pas plus grande que le sport ?

Non ! Je ne pense vraiment pas (rire gêné) ! Je suis si chanceuse d’avoir fait quelque chose que j’aimais… J’étais forte dans mon sport, et à chaque fois que je rentrais sur le court, je donnais 110%. C’est tout.

Pour finir, quelle est la question que l’on ne vous a jamais posée et à laquelle vous aimeriez répondre ?

J’aimerais revenir sur la manière dont les gens perçoivent le tennis et les joueurs. Je dis toujours aux jeunes filles que je rencontre : “Oui, le tennis, c’est super, mais pas si glamour que ce que vous croyez. Vous n’avez pas des séances photos tous les quatre matins”. Chaque jour, c’est beaucoup d’entraînement, beaucoup de travail acharné et beaucoup de sacrifices. J’essaie toujours de transmettre ce message aux joueuses qui me disent : “Oh, je voudrais vous ressembler un jour”. D’accord, mais il y a beaucoup d’étapes pour arriver au sommet. Pourtant, si vous rêvez en grand, que vous travaillez beaucoup et que vous êtes bien entourée, alors oui, le rêve peut devenir réalité. J’en suis l’exemple parfait (sourire).»

Propos recueillis par Julien GIOVANELLA

source:lequipe.fr

Rendre ce que j’ai reçu

Interview Exclusive

«Monica Seles, vous souvenez-vous de votre première venue à Paris ?
Oui, bien sûr. C’était en 1989, pour y disputer Roland-Garros *. Enfant, dans mon ancien pays (l’ex-Yougoslavie, ndlr), je ne manquais aucune finale de ce tournoi, où je pouvais admirer Martina (Navratilova) et Chrissie Evert. Etre une enfant de 15 ans et y jouer, c’était irréel, parce que vous le voyez à la télévision pendant des années et tout d’un coup, vous vous y retrouvez. Atteindre les demi-finales pour ma première apparition, c’était comme un rêve. Heureusement, mon père (Karolj) était là pour me dire : “c’est bon, ça va bien se passer”. Il était chaleureux mais insistait aussi, du genre : “il faut y aller et être performante”. C’est un souvenir très spécial pour moi.
Votre père Karolj, qui était aussi votre premier entraîneur, a été une source d’inspiration pour vous. Guide-t-il encore vos pas aujourd’hui (il est décédé en 1998) ?
J’essaie vraiment, chaque jour, de suivre ses conseils. Mon père avait une bonne vision des choses, que ce soit pour ma carrière ou ma vie. Je ne serais pas celle que je suis sans lui. Et sans ma mère (Ester) non plus, pour être honnête (sourire). Il a été d’une grande influence pour mon tennis et pour ma vie. Tous les grands souvenirs que j’ai avec lui restent très spéciaux.
Vous êtes revenue à Roland-Garros pour vous entraîner en vue de l’exhibition des légendes de l’Open GDF Suez (le 12 février dernier, à Coubertin). Qu’avez-vous ressenti ?
Pour moi, c’est toujours magique de revenir à Roland-Garros. Il y a des endroits que vous aimez et Roland-Garros, je l’ai aimé dès le premier jour. J’y ai toujours pratiqué un tennis incroyable (trois titres en 1990, 1991 et 1992, une finale en 1998, ndlr), à part peut-être lors de ma dernière apparition (en 2003, blessée, elle perd au 1er tour pour ce qui restera son dernier match professionnel, ndlr), je ne veux pas m’en rappeler (rire). C’est un tout : le stade, son histoire, le fait que l’une de mes joueuses préférées, Suzanne Lenglen, ait donné son nom à l’un des courts… J’étais présente, d’ailleurs, quand ils l’ont inauguré. Ma défaite la plus difficile à encaisser reste cette finale (contre Arantxa Sanchez-Vicario) en 1998. C’était très dur (elle avait perdu son père moins de deux semaines avant le début du tournoi, ndlr). Ce sont des sentiments forts, alors y aller pour m’entraîner avant l’exhibition, c’était de la joie. Simplement. J’y suis restée quatre à cinq heures, c’était génial. Je ne me suis pas rendue sur le central mais j’ai vu la terre battue quand j’ai monté les marches (pour rejoindre le Centre National d’Entraînement, cadre de son échauffement, ndlr). J’en étais très proche (sourire).
«J’aimerais revenir à Roland-Garros. Par le passé, j’ai vu, à la télévision, d’anciens champions remettre le trophée. C’est beau, c’est un honneur. Si je suis invitée, j’adorerais le faire»
Cette année, nous fêtons les 20 ans de votre dernier titre. Aurons-nous l’occasion de vous voir remettre le trophée à la gagnante ?
J’espère. Ça dépend si le tournoi m’invite. On ne me l’a encore jamais demandé, alors je ne sais pas (sourire). J’aimerais revenir. Par le passé, j’ai vu, à la télévision, d’anciens champions remettre le trophée. C’est beau, c’est un honneur. Si je suis invitée, j’adorerais le faire.
Vous avez étudié le français. Pourriez-vous nous dire quelques mots ?
J’ai arrêté d’étudier il y a longtemps ! Je jouais encore (rire) ! Je ne pourrais vraiment pas vous parler français ! Ça fait dix ans que je n’ai pas prononcé un seul mot dans votre langue (rire) !
Que faites-vous aujourd’hui ?
Je suis membre de la Fondation Laureus, avec Martina Navratilova notamment. Nous pensons que le sport peut changer la vie de jeunes enfants à travers le monde, qu’ils pratiquent le tennis, le football, le basket ou autre. Quand je regarde mon parcours, je me rends compte que c’est possible. Dans certains pays où l’on se rend, des jeunes filles n’ont jamais joué au tennis, n’ont aucun parent qui pratique ce sport. Si on va les voir, ça peut leur donner envie, ça peut les inspirer. Pour moi, c’est une formidable opportunité de rendre ce que j’ai reçu, à ces jeunes filles, à ces femmes, mais également au sport. J’écris aussi des nouvelles sur le sport pour les adolescents de 14 à 16 ans. La collection s’appelle “L’académie” (“The Academy”, éditions Bloomsbury) et on y traite de basket, de football, et bien sûr, de tennis.
Pourriez-vous devenir entraîneur ?
Oh non ! Je prodigue quelques conseils, si des joueuses viennent me voir. Il y en a quelques-unes qui le font et je suis très heureuse de leur répondre, mais entraîner, non. J’ai toujours été une joueuse d’instinct, je ne ferais donc pas un bon coach.»Propos recueillis par Julien GIOVANELLA* Dans son autobiographie “Getting a grip on my body, my mind, my self” (Editions Avery), Monica Seles rappelle ce que lui a dit son père Karolj quand elle a vu le central de Roland-Garros pour la première fois. Un central qu’elle trouvait immense : «Monica, regarde ce court. Il n’est pas immense, il est de la même taille que tous ceux sur lesquels tu as déjà joué. Tout ce qu’il y a autour, les sièges, etc., ne signifie rien. Regarde simplement le court.»

source:lequipe.fr

Flashback

C’été dimanche dernier au Stade Pierre de Coubertin, Monica et ses comparses regardent sur l’écran géant du stade, leurs exploits et les plus beaux points de leurs matchs joués dans ce lieu. La journée fût belle et forte en émotions.

 

 

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