La dame en noir est en finale

« Elle fait un signe à ses proches et s’en va serrer la main de Martina Hingis. Pas de cri, pas de saut, pas de hurlement de plaisir. Et pourtant Monica Seles vit une espèce de miracle à l’heure où l’arbitre annonce le gain de ce match qui lui ouvre la porte de sa quatrième finale à Roland-Garros. Ce tournoi, l’Américaine qui fut yougoslave jusqu’en 1994, l’a déjà enlevé à trois reprises, mais c’était en 1990, 1991 et 1992. Une éternité. Entre-temps, il y a eu un coup de couteau, en 1993 à Hambourg du fait d’un déséquilibré se déclarant fou de la rivale d’alors, Steffi Graf, et deux ans d’arrêt complet. Pas facile de revenir après ça, surtout lorsque déboulent d’autres gamines qui n’hésitent pas à tout balayer sur leur passage, sans complexe.

Martina Hingis avait pour idole Monica Seles. Elle l’a si bien imitée qu’à seize ans elle régnait à son tour sur le tennis mondial. Le changement d’époque semblait d’ailleurs s’être opéré, insensiblement Ä quoique Seles n’ait que vingt-quatre ans ! Hingis, en cinq confrontations face à l’Américaine, s’était imposée à chaque fois. La page était si bien tournée que les les séurs Williams, la blonde Kournikova, l’énigme Davenport et l’incontournable Hingis monopolisaient la chronique. Et puis Monica Seles avait désormais la tête ailleurs, forcément. Ces dernières semaines, elle les a passées au chevet de son père, décédé deux semaines avant le début des Internationaux de France. Sans préparation, profondément meurtrie par la disparition de celui qui fut son seul entraînement, Seles a pourtant pris son sac et ses raquettes. « J’ai longtemps hésité avant de venir à Paris, expliquait-elle après son premier match, mais j’ai finalement décidé de jouer parce que mon père aurait adoré que je joue. »

Elle est donc là, toute en noir, le cheveu sagement tiré, le regard cerné. Monica Seles joue parce que, dit-elle, « le tennis c’est toute ma vie. » Elle met simplement un peu plus d’elle-même dans chaque coup, une sorte d’énergie supérieure qui compense les heures d’entraînement annulées. Face à Hingis, qui n’avait pas encore perdu le moindre set, c’est une boule de nerfs qui entre dans la balle. Son cri, celui qui agaçait tant les puristes, est aujourd’hui comme un souffle d’espoir. Elle n’attend surtout pas le rebond pour frapper, déséquilibre la Suissesse par des tirs fusants. Surtout ne pas faiblir, soutenir le rythme du jeu et ne pas permettre à Hingis, experte tacticienne, de reprendre ses esprits. Dès lors, Monica Seles redevient ouragan. Après le premier set, « d’une qualité de jeu incroyable », note-t-elle, elle bouscule son adversaire dans le second, repoussant au fond du court une Martina Hingis livide, incrédule (6-3, 6-2).

Là voilà en finale face à une vieille rivale, Arantxa Sanchez-Vicario, qui a écarté Lindsay Davenport en deux sets également (6-3, 7-6). Un classique en somme, qui nous ramène quelques années en arrière, et montre qu’en sport rien n’est jamais totalement terminé. Monica Seles affirme qu’elle retrouve de ce fait « un peu de soleil » après « les nuages » de ces dernières semaines, mais souhaite qu’on la considère comme une joueuse « normale » en dépit du drame récent l’ayant touchée. « Mon père n’aurait pas aimé que je lui dédie un tournoi », clame-t-elle. »

L. C.

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